Lionel Gaudoux, gardien recalé, passé de la départementale à la Betclic ÉLITE : « Vous avez eu tort sur moi ! »

Lionel Gaudoux a retracé son ascension pour BeBasket
Jamais plus de deux ans dans la même division, tel fut le credo de Lionel Gaudoux (1,98 m, 29 ans) au plus clair de son ascension. Sauf qu’à raison de deux ans par division, lorsqu’on doit traverser tous les niveaux du basket français, de l’excellence départementale à la Betclic ÉLITE, on peut vite se retrouver à traîner en route. « Ah, la vérité, c’est que ça a vraiment été long », se marre le capitaine de l’Élan Chalon, rookie en Betclic ÉLITE à 28 ans la saison dernière, vite devenu un modèle d’engagement dans les raquettes de Pro A.
Un paradoxe puisque son parcours a été à la fois météorique (comment prédire qu’un néo-licencié de 17 ans pourrait devenir un tel joueur ?!) et méticuleux, fruit d’une ascension méthodique à travers toutes les divisions. Autre paradoxe quand on sait pourquoi il s’est mis au basket sur le tard. « Parce que je n’étais pas patient et que je ne voyais pas comment je pourrais percer dans le foot ! » Le gardien de but si pressé de l’époque raconte le basketteur qu’il est devenu…

Fan d’Hugo Lloris et… dégoûté du foot :
« La rage de ne pas être pris ! »
« Je ne viens pas du tout du basket à la base ! Quand j’étais petit, je faisais du foot, comme une partie de ma famille. Mon frère (Giovanni) est passé par le centre de formation de Troyes puis a joué en CFA. Donc j’ai suivi, et je jouais gardien chez moi, à Goussainville. J’étais un grand fan d’Hugo Lloris, c’était clairement mon joueur préféré (il sourit) ! Je regardais toutes ses vidéos, à essayer de reproduire les mêmes choses. J’ai joué contre Mike Maignan quand il était à Villiers-le-Bel aussi. On avait perdu 2-1 et ça se voyait déjà que c’était un bon gardien. De voir qu’il y arrive à ce niveau-là, respect !

Devenir footballeur, c’était mon rêve absolu ! Mon but était vraiment d’aller en centre de formation. J’ai fait 4-5 détections à l’époque : Clairefontaine, le PSG, d’autres en région parisienne et Troyes, comme mon frère. Mais c’est cette dernière détection avec l’ESTAC qui fait que j’ai lâché l’affaire. Parce que j’avais été bon. Mais je me rappelle que l’entraîneur des gardiens m’avait dit qu’il avait peur d’essayer avec moi car je n’avais jamais évolué dans un niveau similaire auparavant. C’était un coup dur de fou, je l’ai grave mal pris. J’arrête le foot parce que j’ai la rage de ne pas avoir réussi à être pris, parce que j’ai l’impression de ne pas être pris au sérieux. Je me trouvais bon mais pas jugé à ma juste valeur. Ça faisait que je ne kiffais plus le foot. Donc vraiment, j’arrête en étant dégoûté. Mais je me dis aussi que ce n’est peut-être pas fait pour moi, que je devrais aller prendre du plaisir ailleurs. »
Première licence basket à 17 ans :
« Je n’oublie pas d’où je viens »
« Le basket arrive grâce au lycée. J’avais des amis qui jouaient donc j’ai voulu tester, juste pour m’amuser au début. J’ai bien aimé car l’atmosphère est complètement différente du foot, avec des joueurs plus proches les uns des autres. Surtout, j’ai vu rapidement que je n’étais pas mauvais. Peut-être que le fait d’avoir été gardien, et donc habile avec mes mains, m’a aidé. En tout cas, ça m’a permis de vite faire la transition.

J’ai fait une première saison en UNSS puis j’ai pris ma première licence basket en club à l’EVOB, l’Est Val d’Oise Basket. C’était en 2012, j’avais 17 ans. J’y ai passé deux ans, à alterner avec l’équipe juniors, en Régionale 2, et les seniors, en excellence départementale. À l’époque, je courais partout et je sautais partout (il sourit). J’étais très peu structuré mais vite présent dans l’intensité, j’avais la même gnac qu’aujourd’hui. Ma mentalité actuelle me vient de là-bas : j’avais des coéquipiers qui arrachaient tout, qui se donnaient à fond, qui étaient vachement soudés, dans le combat à chaque match. Je n’oublie pas d’où je viens, j’ai gardé ça de là-bas.
Plus jeune, je voulais devenir sportif de haut niveau, dans n’importe quel sport. Donc je l’avais forcément dans un coin de la tête mais je ne réalisais pas forcément que ça pouvait devenir mon métier. Après, j’ai très vite réalisé que j’avais la possibilité de faire des choses plutôt pas mal, surtout quand je me suis rendu compte que j’étais courtisé par des centres de formation après le début des détections. »
Vichy et Boulazac (NM3), les débuts en centre de formation :
« Oui, c’est une revanche sur le foot »
« En 2014, j’intègre le centre de formation de la JA Vichy, pris par Willy Sénégal. Sur le coup, je ne réalise pas. Quand il m’envoie les papiers pour s’inscrire, je ne les remplis pas de suite, j’ai ma petite vie tranquille. Ce sont mes parents qui le font et qui me disent que c’est le moment de partir. Et quand vient le moment de quitter ma famille et mes amis pour la première fois, je prends un coup de massue. Là, je me jure que si je pars, c’est vraiment pour devenir un joueur professionnel, pas juste pour kiffer !
Avec la JAV, j’étais en Nationale 3 jumelée avec l’équipe NM1. J’ai vite eu l’opportunité de m’entraîner avec la NM1, c’était la première fois que je touchais au haut niveau et ça m’a mis dans le bain direct. Je voyais que tout allait plus vite. Je connaissais mes lacunes mais j’arrivais à les rattraper grâce à mon intensité, mon sérieux, ma capacité d’apprentissage. C’est vachement formateur et enrichissant d’évoluer en NM3, dans une structure beaucoup plus cadrée qu’à Goussainville. Comme avec Hugo Lloris quand j’étais gardien, je regardais beaucoup de vidéos pour reproduire ensuite. Mon basketteur préféré était Blake Griffin, parce qu’il était hyper explosif. J’en ai mangé des vidéos de lui (il sourit).
Lors de mes jeunes années, mes meilleures saisons sont à Boulazac. C’était trop bien. On avait un groupe incroyable, une ambiance folle entre nous, des joueurs tous talentueux, et le même double projet avec les pros. J’ai beaucoup appris grâce à Thomas Andrieux, qui était vachement derrière moi. Il m’a vraiment aidé à franchir un cap pour aller titiller les pros. Grâce à lui, j’ai rapidement pu m’entraîner avec l’équipe Pro B. J’avais peu de minutes (5 en moyenne, sur 8 matchs, ndlr) mais je mets réellement un pied dans l’effectif pro, je participe à tous les déplacements. Je découvre la vraie pression d’un club, ce n’est pas facile à gérer. Tu switches du plaisir au métier : pour moi, c’est une transition clef dans une carrière.

En 2016, je signe mon premier contrat pro avec le BBD et là, c’est une grande fierté. Une revanche par rapport à l’échec du foot ? Je pense que oui car j’ai eu ce que je voulais. Mais je sais aussi que je vais maintenant devoir me montrer et me lancer. »
Le Puy-en-Velay et Montbrison, l’émancipation en NM2 :
« C’est un championnat rude quand tu as peu de basket derrière toi »
« En 2017, j’arrive à l’heure de faire un choix. J’avais la possibilité de resigner en Pro B, grâce à la règle des quatre joueurs de moins de 23 ans, mais je savais que j’allais me retrouver dans les mêmes situations, à ne pas trop jouer. Or, il fallait clairement que je joue pour progresser. Honnêtement, j’attendais plus une équipe de NM1 qu’une NM2. J’ai pris un coup sur la tête mais j’ai laissé mon ego de côté. Le Puy me voulait réellement, sans test préalable, et j’ai compris qu’ils me prenaient au sérieux. Je me suis dit que je ferais mieux de tenter ma chance et que j’allais gravir les échelons. J’avais l’objectif de revenir en Pro B le plus vite possible.

Quand tu as très peu d’années de basket derrière toi, la NM2 est un championnat rude. Il y a des mecs besogneux, des anciens pros et ça m’a servi. Je me suis retrouvé contre des mecs qui avaient une carrière. Je ne regrette pas du tout ce choix. Et depuis la NM3, il y a un monde, beaucoup plus d’enjeux, c’est bien plus compliqué. Mais j’ai aussi eu la chance de vivre des trucs de fou. Avec Montbrison, on a fait une finale de Trophée Coupe de France à Bercy par exemple (29 points, mais défaite en double prolongation contre Mulhouse-Pfastatt, ndlr). »

Pont-de-Chéruy, la confirmation d’un credo en NM1 :
« Faire deux ans maximum dans une division »
« Je m’étais fixé comme règle de ne faire que deux ans maximum dans une division. La première année, les gens apprennent à te connaître et ensuite, c’est la saison de la confirmation. Après Le Puy et Montbrison, Pont-de-Chéruy arrive bien. Je savais que c’était une équipe vachement ambitieuse. Athlétiquement, c’est là où j’ai vu la différence, c’est vraiment ça qui m’a surpris en premier. Les mecs envoient tout aux entraînements, avec une intensité que je n’avais jamais connue : les Ousseynou Laye Basse, Michel Ipouck, Issife Soumahoro. C’était le credo du coach Moatassim Rhennam, toujours dans l’agression, à jouer hyper dur.

Je fais deux ans avec le SOPCC et il faut dire que Marco Pellin m’a beaucoup aidé lors de ma deuxième saison. Comme Maxime Zianveni (côtoyé à Boulazac), il fait partie des joueurs pour lesquels j’ai beaucoup de reconnaissance. Ces deux-là m’ont expliqué que si je voulais y arriver, il fallait que je change mon hygiène de vie, ma façon de faire. Ils m’ont montré la discipline. On s’est aussi beaucoup mutuellement poussé avec Tommy Ghezala, pour arriver au niveau supérieur. Ma deuxième saison en NM1 est vraiment belle. »
Saint-Quentin et Chalon, la découverte du grand monde :
« Là, t’es en Pro B, t’es dans le vrai ! »
« L’objectif que je cherchais depuis le début, la Pro B, est finalement arrivé. J’aurais pu avoir le choix entre plusieurs équipes mais Saint-Quentin est très vite venu toquer à ma porte très rapidement et m’a fait comprendre qu’il fallait prendre une décision rapide si j’étais chaud pour le projet. Je ne connaissais rien de là-bas, même pas le coach, car ça faisait longtemps que je n’avais pas été en Pro B !
En signant à Saint-Quentin, je me dis : « Là, t’es en Pro B, t’es dans le vrai ! » C’est un championnat visible aux yeux de la France et de l’Europe. De nouveau, mon objectif était de faire deux années puis de monter à l’échelon supérieur. J’ai tellement appris au SQBB car Julien Mahé travaille énormément. Notre saison réussie collectivement était une surprise sans l’être : vu la manière dont ils bossent, à commencer par Julien, ils sont obligés de réussir.

Après Saint-Quentin, j’arrive à Chalon dans un esprit totalement différent. Je fais le choix de venir à l’Elan pour aller en Betclic ÉLITE avec eux. C’est un club de prestige, il faut se le dire, donc je débarque bien motivé, en sachant où je mets les pieds. On a un groupe incroyable mais on ne fait pas la saison régulière qu’on veut et c’est Saint-Quentin qui monte directement (il rit). Ils l’avaient mérité mais le destin a peut-être voulu qu’on passe par les playoffs car c’était incroyable. De la folie au Colisée, je n’avais jamais vu ça. J’avais déjà vécu des montées, à Vichy ou Boulazac, mais là, c’était énorme ! »
Enfin en Betclic ÉLITE, à 28 ans :
« Un vrai côté revanchard ! »
« Finalement, je débarque en Betclic ÉLITE à 28 ans, en 2023. J’étais prêt mentalement car j’ai travaillé pour ça, je voulais évoluer à ce niveau-là depuis le début. J’avais un vrai côté revanchard aussi : personne ne m’attendait en première division, peu de personnes pensaient que je pourrais reproduire mes performances de Pro B, comme je l’avais toujours fait avant. J’avais vraiment à cœur de montrer que je pouvais répéter ce que je faisais en Betclic ÉLITE. C’est pour ça que la saison dernière est une fierté pour moi, il y avait beaucoup de travail derrière.

Très humblement, ce que je fais ne me surprend pas, je pense juste que les gens ne me connaissaient pas. Je voulais montrer ce que je valais. Je fais partie des joueurs à qui on n’a pas donné leur chance facilement. Dans les championnats inférieurs, ça pique de voir des mecs qui ont un niveau équivalent évoluer au-dessus de toi. Donc oui, quand j’arrive en Betclic ÉLITE, ma seule pensée était de prouver : « Eh les gars, vous avez eu tort sur moi ! »
Aujourd’hui, c’est une fierté d’être capitaine de l’Élan. Je n’aurais jamais cru ça… Être dans un club comme Chalon, c’est déjà prestigieux mais en être capitaine, c’est du pur bonheur. »
Et maintenant, la Coupe d’Europe ?
« Je ne suis pas à mon plein potentiel ! »
« Désormais, je ne me cache pas de vouloir jouer la Coupe d’Europe. Et quand je reçois l’offre de prolongation de Chalon (jusqu’en 2028, ndlr), il y a d’autres clubs qui m’ont déjà courtisé. Au début, je ne cache pas que je ne saute pas sur le contrat. Je prends le temps de vraiment réfléchir, à ce que je veux faire, ce que je peux faire et où j’en suis avec mon niveau de jeu. J’aurais aussi pu partir à l’étranger, c’était une option. Mais au final, l’arrivée d’Elric (Delord) change beaucoup de choses. Quand tu as un coach qui te veut, qui est prêt à te mettre au cœur d’un projet et qui te l’a prouvé en si peu de temps, pourquoi aller chercher ailleurs ? L’herbe n’y est pas forcément plus verte. C’est une suite logique.
Si je prolonge, ce n’est pas juste pour m’installer et kiffer, pas du tout. Je suis un compétiteur, je déteste m’ennuyer, je ne vais pas rester sur mes lauriers. Le projet que Chalon me propose est d’aller titiller le haut du classement, d’aller chercher les playoffs et la Coupe d’Europe. Je veux jouer la Coupe d’Europe au sein d’un club où je me sens bien, où je suis capable d’évoluer. Je veux progresser individuellement, je suis persuadé que je ne suis pas à mon plein potentiel. Avec ce que Chalon met en place, avec un projet sérieux sur et en dehors du terrain, je pense que ce sont des choses qui vont arriver.
Chaque choix de club a été mûrement réfléchi, je n’ai rien fait au hasard. Je sais que ma décision peut paraître bizarre, j’ai d’ailleurs des coachs qui m’ont appelé et qui n’ont pas compris pourquoi je ne venais pas jouer une Coupe d’Europe. Mais en fait, les gars, la saison n’est pas finie. Je ne lâche pas l’affaire. L’objectif de Coupe d’Europe est toujours là. Les gens s’en rendront compte dans le futur, je suis persuadé que j’ai pris la meilleure décision. »
« J’aurais pu avoir un chemin différent mais le mien me va très bien »
« Mon parcours prouve que tout est possible à celui qui croit. Je pense que j’aurais pu avoir un chemin différent mais le mien me va très bien. Franchement, je dirais même que c’est plus une fierté comme ça. La vérité est que ça a été long, vraiment long, avant d’arriver en Betclic ÉLITE, mais je ne me suis jamais démotivé, je n’ai jamais baissé les bras.

Si je n’avais pas été discipliné pour y arriver, j’aurais pu abandonner. J’ai également eu la chance d’être très bien accompagné. Je suis content de ne pas être tombé dans une forme de confort dans une division, c’était le risque. C’est pour ça aussi que je ne voulais rester que deux ans au même niveau. Je sais que ma carrière est particulière, j’ai conscience que très peu de gens auraient pu me prédire un tel parcours mais l’aventure n’est pas finie. Je garde l’objectif d’aller le plus haut possible. »










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